La mécanique du mal

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Roman d'Oscar Coop-Phane : 'Un Arabe"

COOP-PHANE, Oscar, Un Arabe. Paris : Editions Grasset & Fasquelle, 2025, 189 pages [Grand Format] ISBN : 9782246834618

Dans un village du sud de la France, une dame âgée constate que sa carte de crédit ainsi que 45€ ne sont plus dans son portefeuille. Devant son appel à l’aide, ses voisins accourent. Très vite, ils se forgent une idée : le coupable du vol ne peut être que l’étranger du village, un arabe nouvellement arrivé. Les voisins se rendent au café pour mobiliser les troupes. La chasse à l’homme peut commencer…

« Un Arabe » est le neuvième roman d’Oscar Coop-Phane. En moins de 200 pages, il expose une mécanique du mal qui va dérouler ses rouages implacables, au gré d’événements le plus souvent improbables, de concomitances hasardeuses qui pourraient prêter à rire, dans des circonstances moins violentes.

La forme et le style sont percutants : de brefs chapitres, centrés sur des protagonistes différents qui tous vont contribuer, de près ou de loin, à cette chasse à l’homme. Les phrases sont brèves, les descriptions réalistes et d’une grande finesse psychologique. Les portraits des hommes qui se mettent en chasse brossent les lâchetés ordinaires, les petits accommodements raisonnables que chacun tisse avec sa conscience, entre bêtise, mauvaise foi voire folie.

Si la mécanique du lynchage est connue — effet du groupe qui dilue les responsabilités et paralyse la réflexion individuelle — sa mise en récit est bouleversante, d’autant que le ton cynique donne un rendu non pas léger mais distancié par le rire jaune qu’il génère ; et cela met la forme en décalage encore plus grand avec le fond, violent et cru : le lynchage d’un homme que des rumeurs ont jugé et condamné. Même si l’on pressent la fin, sa mise en mots est cruelle.

« Un Arabe », une fiction ? Le réalisme du récit, le décorticage implacable de cette mécanique du mal, les portraits brossés des chasseurs — personnalités somme toute banales dans leur névrose — rendent l’ensemble plus que probable dans une société où l’altérité dérange, fait peur et déclenche nombre de débordements. Noir, glaçant, bouleversant.

Mon avis :

Seraphita

Seraphita, lectrice bibliophage naufragée de longue date sur « l’île lettrée ». Au fond des silences de la vie, les mots sont d’utiles compagnies quand ils savent conduire en dehors de soi.

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