BULTEAU, Gwenaël, Malheur aux vaincus. Paris : Editions La Manufacture de livres, 2024, 231 pages [Livre numérique] ISBN : 9782385530747
Alger la blanche en 1900. La maison d’Arthur Wandell, ancien héros de campagnes militaires françaises en Afrique, abrite un massacre : 6 victimes, dont le militaire aguerri. Le lieutenant Koestler est chargé de l’enquête, flanqué d’Omar Souleymane, gradé africain. Ils vont devoir plonger dans un Alger interlope mais surtout dans les racines d’un passé de campagnes militaires où l’armée française a laissé des marques sanglantes.
« Malheur aux vaincus » est un polar historique captivant qui dresse un portrait glaçant et réaliste de la politique colonialiste de la France en Afrique au début du XXème siècle.
La trame narrative est bâtie autour de meurtres sanglants et se déploie classiquement selon des points de vue narratifs différents, avec un fil conducteur écrit en italique, au passé, et qui va peu à peu donner les clés de compréhension. L’écriture est soignée, l’auteur alterne les descriptions, dialogues et actions qui rendent encore plus présents ces épisodes du passé, inscrits dans un contexte historique.
C’est ainsi que l’on prend conscience des ressorts de la politique colonialiste de la France : racisme, sentiment de supériorité, légitimité de la violence au nom de la lutte contre l’ignorance, arrachement symbolique de la langue des colonisés ; et en filigrane, la peur, celle de l’autre qu’on ne comprend pas et que l’on réduit au silence, faute de pouvoir, ou vouloir l’entendre. Le tableau est noir, dans cette Alger la blanche, et les relents d’antisémitisme envahissent ses rues et divisent les colons français.
Si des personnages sont campés dans des postures clivées, d’autres présentent un portrait plus nuancé, telle Catherine, commerçante célibataire, qui vend des souvenirs d’une Alsace dont ses parents sont originaires mais qu’elle n’a pourtant jamais vue. L’auteur prend le temps de poser les différents éléments du contexte, tel un puzzle, pour permettre au lecteur de se faire une vue d’ensemble. Mais ces éléments sont complexes malgré tout pour qui n’a pas toutes les clés et ils débordent parfois par trop sur l’histoire singulière. Pour autant, une accélération se fait à la fin et les différents éléments se mettent en place ; le passé en italique et le présent se rejoignent pour dresser un portrait âpre et glaçant d’une sombre Alger sous un trouble soleil d’Afrique.
Mon avis :
